Lettre ouverte d’un élu NEF au 1er adjoint au maire

Cher Bernard,

Ta parole a un certain poids et m’amène à te faire une réponse à titre personnel.

Oui c’est vrai qu’il existe des tensions croissantes dans notre village sur ce projet de fusion qui doit déboucher sur un vote du conseil municipal dans à peine un mois. Mais ces tensions sont aisément compréhensibles  car tout le monde est en train de prendre conscience de l’importance de la décision qui engage la survie de notre commune. Je crois qu’un grand nombre de nos concitoyens ont été choqués par un processus en apparence ouvert mais qui n’a laissé aucune place aux avis contradictoires, où chaque fois qu’ils ont voulu exprimer leur opposition on a minimisé la valeur de leur opinion ou on l’a traité avec une certaine condescendance en sous-entendant qu’ils n’étaient que des conservateurs attachés à leur clocher, incapables de comprendre les perspectives grandioses offertes par le projet. Clairement le processus de l’étude a été biaisé dès le début. Officiellement on laissait dire que toutes les options étaient sur la table et que chacun pourrait donner son avis. En pratique, la décision d’aller à la fusion avait déjà été prise par les 4 maires et le seul enjeu était d’arriver en douceur au résultat final. Même les « surprises » par rapport au scénario pré établi qu’ont constituées le retrait de l’Etang la Ville, puis de Mareil-Marly, n’ont suscité aucun changement de cap.

Non il ne s’agit pas d’un problème d’adresse postale ou de nom de rue mais, oui, nous ne pouvons pas accepter que Fourqueux disparaisse dans les conditions présentées. Avec un projet à 4, on pouvait encore penser que les 3 petites communes disposeraient d’un certain poids dans le nouvel ensemble (30% de la population). Avec le projet à 2, Fourqueux va être simplement absorbé dans un ensemble ou elle ne représentera que moins de 10% de la population. Vu de Saint-Germain-en-Laye, notre absorption constitue d’ailleurs un sujet d’importance complètement secondaire derrière celui de la nouvelle ligne de tram ou la révision de leur PLU, personne ne craint là-bas une disparition de l’identité de la ville. Pour Fourqueux, c’est tout le contraire. Son statut futur sera celui d’un nouveau quartier de la ville de Saint–Germain-en-Laye et la commune déléguée évoluera inévitablement vers un conseil de quartier. Quant au Maire délégué et aux conseillers délégués dont la nomination  dépendra uniquement du maire de Saint-Germain-en-Laye, ils seront chargés de gérer la transition tant que certains seront attachés au souvenir de notre village (fête annuelle, repas des anciens, etc.. ). Une sorte de « réserve indienne » dont on accompagnera en douceur la disparition.

Quant aux arguments présentés en faveur de la fusion, je constate qu’ils sont exclusivement d’ordre financier : Il est indispensable de grandir en taille pour survivre et conserver notre niveau de vie. Et l’on ajoute aussitôt, qu’il faut faire confiance aux experts qui sont seuls à même de comprendre et gérer ces enjeux financiers. Donnez-nous les clés de la commune nouvelle et nous gérerons au mieux vos intérêts. Ayant passé 4 ans à Bruxelles, cette manière de présenter les choses me fait irrésistiblement penser à ce que j’ai vu du fonctionnement de l’Europe. Des masses d’experts sûrs de leur compétence et qui prennent des décisions pour le bien des peuples sans jamais penser à les consulter. Le résultat on le voit aujourd’hui : une Europe malade car jugée de plus en plus éloignée des citoyens. C’est uniquement un choix démocratique qui peut légitimer une décision aussi irréversible que la fusion et ne pas soumettre un tel projet à l’avis de l’ensemble des habitants c’est leur déclarer qu’ils ne sont pas assez intelligents pour faire un choix éclairé.  

Et pour terminer, je trouve un peu excessif cette dramatisation tendant à dire qu’il faut fusionner dès le 1er  janvier 2019 sous peine de subir une dégradation de notre qualité de vie à brève échéance. La situation financière de Fourqueux n’est pas détériorée à ce point, tu en seras certainement d’accord !  Par ailleurs, les évolutions que tu cites comme ayant changé le contexte financier depuis 2014 (loi ALUR, baisse de la DGF, suppression de la taxe d’habitation) s’appliquent à l’ensemble des communes de France et toutes ne songent pas à fusionner. Enfin, rien n’interdit de relancer un projet de fusion après mars 2020 si une liste appuyant ce projet gagnait les élections municipales. Ce ne serait pas alors de la mascarade électoraliste mais simplement l’expression du vote des citoyens.
Bien à toi.

Laurent Paul

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